Technologie & réglementation

L’avenir de l’électrotechnique dans le projet BRIC

logo bric

BAMB ‘Buildings As Material Banks’ est un projet européen au sein duquel sept pays se sont engagés à faire évoluer le secteur de la construction vers des solutions circulaires qui accroîtront la valeur des matériaux de construction. Il est né des enjeux majeurs auxquels l’Europe se trouve aujourd’hui confrontée : une dépendance européenne accrue vis-à-vis du reste du monde dans son approvisionnement en ressources naturelles et matières premières, un épuisement mondial de celles-ci, et une gestion des déchets devenant de plus en plus problématique dont plus d’un quart est généré par le secteur de la construction.

Aujourd’hui, les matériaux composant un bâtiment terminent en déchets, ce qui a des effets dévastateurs sur les écosystèmes, augmente le coût environnemental et raréfie les ressources. Pour créer un avenir durable, le secteur de la construction doit évoluer vers une économie circulaire. Et le secteur de l’électrotechnique est tout aussi concerné.

Des bâtiments au design flexible et dynamique peuvent être incorporés dans l’économie circulaire, des bâtiments où les matériaux conservent toute leur valeur. Conçus comme des banques de matériaux de valeur, ces bâtiments ne sont plus un déchet en devenir, ils ralentissent le taux d’extraction des ressources naturelles pour rentrer dans les capacités de la planète. Des outils sont développés par BAMB pour permettre cette évolution : les Passeports Matériaux et le Design de Bâtiments Réversibles.

L’efp, centre de formation bruxellois des classes moyennes, développe un programme visant à sensibiliser et former les professionnels de demain à cette approche innovante, via le bâtiment BRIC ‘Build Reversible in Conception’. D’une surface habitable de 70m², ce bâtiment se veut durable, évolutif et réversible. Il est passif, totalement autonome, neutre au niveau énergétique et de l’impact environnemental. Construit avec des matériaux neufs et de réemploi, respectant une logique de circuit court, il présente la particularité d’avoir été conçu en ayant déjà anticipé sa construction, déconstruction, et reconstruction (à trois reprises), sur base de plans d’architecture différents, réutilisant les matériaux mis en œuvre lors de la première phase. L’ensemble de cette mise en œuvre est réalisé par les apprentis et auditeurs (futurs chefs d’entreprise) de l’efp, accompagnés de leurs formateurs.

Après avoir démarré en novembre 2017, le chantier de construction du bâtiment BRIC s’est achevé en avril 2018 et a ensuite été démonté en octobre 2018 en vue de sa prochaine reconstruction avec les mêmes matériaux mais sous une autre forme.

Le choix qui s’est posé dès le départ pour l’installation électrique, au niveau de sa ré-adaptabilité, a été de savoir si l’on optait pour du matériel neuf ou de réemploi. Les plans réalisés par les futurs électriciens apprenants de l’efp ont été établis sur base du système NIKO Home Control du partenaire et fabricant NIKO qui a fourni du matériel neuf. Le choix de cette technologie présente l’avantage d’une forte modularité dans l’implantation des points électriques (modification du plan électrique, du type d’éclairage, ...), d’une (ré)utilisation dans les trois bâtiments et d’une adaptabilité à chaque nouvelle volumétrie (les plans des trois constructions présentent des volumes habitables différents). Il répond à une logique de circuit court puisque fabriqué à Saint-Nicolas et à plus d’évolutivité qu’une installation classique.

Toutes les fonctionnalités sont en effet compatibles avec un smartphone qui gère à distance, via une application, l’éclairage, la température, l’ouverture et la fermeture de la porte d’entrée et des fenêtres. Son coût est légèrement supérieur à celui d’une installation électrique classique mais à contrario il permet de réaliser jusqu’à 15 % d’économie sur la consommation électrique, notamment grâce à son écran de contrôle éco. Cependant, comme pour tous les systèmes domotiques similaires, il présente l’inconvénient de devoir subir des mises à jour régulières nécessitant un réseau Internet performant. Ces upgrades infinis permettent toutefois de garder une technologie à la pointe et de rester réutilisable. Et donc, un module acheté en 2017 par exemple disposera d’une capacité technologique identique à celui acheté en 2019 grâce aux mises à jour du logiciel.

Au niveau de la mise en œuvre, l’installation se devait, d’une part, de garantir des plans ‘as built’ et d’autre part, d’être démontable par la suite sans aucune dégradation. Les câbles de raccordement ont donc été installés par l’extérieur, sous bardage, et les boîtiers électriques ont été intégrés aux murs extérieurs constitués de caissons en bois de manière à ce qu’ils garantissent l’étanchéité absolue. Ce chantier circulaire se différencie donc d’un chantier standard puisque le câblage reste accessible et n’est pas « noyé » dans un plafonnage ou caché derrière un panneau de plafonnage de cloison sèche.

Lors de la première phase de déconstruction, aucune dégradation du système après utilisation n’a pu être constatée. Les prérequis au démontage étaient l’obligation pour les zones techniques de rester accessibles et la connaissance exacte des équipements installés. Le listing des matériaux qui a guidé le démontage a permis de savoir quels éléments devaient être démontés, mais aussi quels sont ceux réutilisables et aussi ceux qui seront réellement réutilisés. C’est au final un véritable passeport matériau qui liste les fournitures avec un principe de traçabilité et un système d’étiquetage (lecture via code barre).

Deux points ont encore retenu l’attention lors de la déconstruction. Les équipements démontés tout d’abord, au cas où ils sont dégradés, « pourraient » retourner chez le fabriquant pour y être testés, certifiés et garantis comme réutilisables. Le fabriquant offrirait la garantie pour sa réutilisation sur chantier ou récupérerait la fourniture non-conforme en la réintégrant dans sa filière de production (NIKO réalise déjà en partie ce principe avec les interrupteurs qui sont refondus en billes de plastique pour recréer de nouveaux composants). Ensuite, il convient de tenir un inventaire et de quantifier la fourniture disponible dans son stock.

Alors, cela constituera-t-il une mutation dans le métier ? Il est probable que oui. Dans l’intervalle, les deux prochaines reconstructions/déconstructions du bâtiment BRIC permettront sans doute de mettre en lumière d’autres bonnes pratiques circulaires.

bric

BRIC

bric

Démontage câblage plafond

bric

Démontage prise mur

bric

Démontage prise étanches